août192012

Enjeux stratégiques de l’information

Traiter des « enjeux stratégiques de l’information et de la communication », c’est

- soit se condamner à ressasser des lieux communs (importance du savoir et de l’innovation dans une société« de l’information », omniprésence des médias, impact culturel et social des TIC…),

- soit se risquer à repenser à neuf un très vieux problème : comment vaincre avec des signes ?

Dans le second cas, il faut reprendre des questions qui obsédaient déjà les sophistes grecs ou les généraux chinois :

- Comment faire croire à autrui ce que l’on désire, qu’il s’agisse de le persuader par argumentation ou de l’égarer par stratagème ?

- Comment savoir ce qu’il ignore ou lui faire ignorer ce que l’on sait ?

- Comment rendre l’autre prévisible et se rendre insaisissable ?

En outre il faut suivre toutes ces pistes dans un environnement où la somme des connaissances disponibles et leur taux de renouvellement, la dépendance des acteurs à l’égard des technologies d’enregistrement, de traitement et de propagation de l’information, leur perception du temps, de l’espace, du savoir par les réseaux numériques … ne sont réductibles à aucune expérience antérieure…

Peu importe que l’on prenne stratégie au sens militaire – art de coordonner des moyens collectifs de tuer – ou au sens large – façon d’employer efficacement ses ressources dans une relation conflictuelle – , elle suppose l’emploi de signes et signaux.

Cela va de battements de tambour à la rédaction d’un in-octavo, de la façon de se peinturlurer le visage à l’exploration du Web sémantique. Ces signes – recueillis, stockés, traités, propagés, cryptés… – servent à la réalisation d’une fin que nous nommerons par commodité « victoire » : la prédominance d’une volonté sur une autre. Ils y contribuent autant qu’ils servent à prendre une décision efficace, à répandre une croyance motivante (désir, courage, foi…), mais aussi agir sur la perception de la réalité du rival pour augmenter son incertitude, le démobiliser ou lui suggérer le choix que l’on désire.

Ces principes très généraux – savoir, faire-croire, dissimuler, égarer – s’appliquent aussi bien à un jeu qu’à une tentative de séduction, à la conquête d’un marché comme à la guerre froide. Ludique, érotique, rhétorique, économique ou atomique riment avec stratégique.

La bonne question est donc celle du comment faire. Là encore, la liste est longue des traités et disciplines qui prétendent y répondre : anthologie de ruses, figures de la rhétorique et de l’éristique, mais aussi théorie des jeux, manuel de catéchèse, sciences cognitives, méthode publicitaire ou manuel de knowledge management, une branche de l’intelligence économique….

Or, qu’il s’agisse de cognition ou de conviction, tout ce qui se termine dans un cerveau humain n’est jamais assuré. Une pragmatique qui agit sur les choses ne se reproduit pas à l’envi comme une technique qui agit sur les gens. Toute recette de ce type peine sur le double aléa de la réception (ce que nous avons dans le crâne qu’il s’agisse d’un préjugé idéologique ou d’un biais cognitif ) et de la transmission (comment cela circule de cerveau en cerveau).

D’où l’optique qui sera adoptée : les constantes des méthodes seront à relativiser par la chronologie des croyances. Les valeurs et notions typiques d’une époque restreignent ce qui est crédible par la plupart.Mais les techniques de communication, transmission et propagation de ladite époque ne sont pas moins importantes. Ces dernières autorisent mais ne décident pas l’usage qui sera fait de leur potentiel.

On distinguera également
- des stratégies directes visant directement le résultat espéré ( « gagner » un partisan ou « gagner » un éclairage supplémentaire sur la réalité ou le futur comportement d’un des acteurs)
- et les stratégies indirectes dont le résultat visé passe par l’intermédiaire d’une réaction attendue (celle de l’adversaire ou d’un tiers qui peut être aussi l’opinion publique).

Sans négliger des thèmes comme l’influence, le secret, la désinformation… on se concentrera sur deux problématiques qui montrent ces interactions entre des stratégies, des symboles et des technologies : comment faire croire et comment s’informer.

Le premier thème semble rebattu. Que pourrait-on à ajouter à l’étude de la persuasion que n’aient décrit les sophistes antiques et les laboratoires modernes ? Comment trouver une recette qui ait échappé aux propagandistes et aux publicitaires, aux prédicateurs des religions et aux spécialistes des médias ?

Il sera au moins possible d’en indiquer trois dimensions :
- Les méthodes préconisées reflètent de grandes catégories idéologiques et celui qui prétend manipuler les autres ne fait souvent que trahir la logique de son système.

- Il y a aussi, il y a souvent des échecs de la persuasion (ce qui est une excellente nouvelle). De puissantes machines à convaincre – corps organisés, campagnes médiatiques, discours officiels relayés partout – peinent à répandre des convictions ou des jugements. Il importe de savoir pourquoi.

- Les textes, les discours, les images destinés à séduire et inculquer ne fonctionnent pas de la même façon, et n’offrent pas les mêmes possibilités suivant le média qui les répand. Peu de périodes en auront fourni autant d’exemples que la nôtre.

Quant aux méthodes d’intelligence au sens large, la recherche de l’information vraie et pertinente pour une décision stratégique, elles se prêtent à une autre approche :

- Leurs échecs enseignent autant que leur réussites. Voir la façon dont des dispositifs sophistiqués destinés à capter les signaux significatifs, à les analyser, à en faire des facteurs de décision ont abouti à un déni de réalité ou à des décisions absurdes.

- Un réseau humain, une communauté vouée à l’accumulation de savoirs efficaces, produit nécessairement certains biais ou un certain type d’interprétation lié à des attentes et à des pouvoirs.

- Le média dominant de chaque époque détermine un certain usage de nos facultés cognitives (ou plutôt des usages, bons et mauvais). Les synergies, hybridations et chevauchements des médias au pluriel nous posent des défis dans notre façon de nous faire une représentation de la réalité.

(Source : huyghe.fr)

août152012
9AM
août132012

Textes en ligne sur les réseaux

Qu’est-ce que le Web 2.0 ? : conférence de Tim O’Reilly (traduction en français)

What is web 2.0 : mise au point de Tim O’Reilly dans un slideshow

Qu’est-ce que le Web 2.0, par Hubert Guillaud

Rencontrez Charlie (traduction du célèbre slideshow Meet Charlie)

Net purchase power : une étude de l’European Interactice Advertising Association 

Le Manifeste des évidences (Cluetrain manifesto)

Le Web social, cours en ligne gratuit de Sébastien Paquet

L’économie de l’attention : slideshow de Philippe Couve

Dahna Boyd : ce qu’implique de vivre dans un monde de flux, par Hubert Guillaud

Nova Spivack : bienvenue dans le flux : le flux, nouvel âge du Web

Crowdsourcing : Twitter se sert de ses utilisateurs pour innover

Le stock est mort, vive le flux par X. de Mazenod sur Adverbe

Is Google making us stupid ? Traduction du célèbre article critique de Nicholas Carr

The amorality of Web 2.0, par Nicholas Carr

Digital maoïsm : critique du Web 2.0 et de Wikipedia par Jaron Lanier

Pour une critique sérieuse, par Francis Pisani. Réponse aux critiques d’Andrew Keen

Pouvoir et savoir à l’ère du Web 2.0 sur huyghe.fr

Social Media Handbook de l’armée américaine

Trois paradoxes de l’Internet, par Joshua-Michele Ross : partie N°1, partie N°2, partie N°3

La e-réputation

L’indispensable gestion de la réputation numérique, par Christophe Deschamps

E-réputation et influence par X de Mazenod et F.B. Huyghe

L’e-réputation en question: une définition

Quand les internautes prennent la parole, le cas HSBC dans un mini dossier du Journal du Net

Influence sur Internet de Didier Heiderich 

Cultivez votre identité numérique, par Geemiks/ESC Lille, un ebook à feuilleter en ligne et à télécharger

E-réputation, quel avenir ?

Agir sur son e-réputation, ebook à feuilleter ou à télécharger en ligne

17 ebooks gratuits sur e-reputation, personal branding et jobs

Opinion internationale et médias par F.B. Huyghe


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août92012
août82012
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9AM

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(Source : huyghe.fr)

août52012
août12012
juillet312012
8AM

Cyberattaques : contraindre, dérober, dénoncer




Il n’y a guère de texte traitant des vulnérabilités dans le cyberespace qui ne rappelle que les attaques y sont soit à motivation politique (affaiblir, menacer ou contraindre un Gouvernement), soit une version numérique du vol et de l’espionnage économiques, soit enfin “idéologiques”. Comprenez alors que leurs auteurs se réclament d’une cause, révolte ou revendication qu’ils croient juste, généralement pour mener des actions symboliques et bien médiatisées. Sans oublier le cas ou l’attaquant ne poursuit une quête purement narcissique de l’exploit pur.


Face à l’anonymat de règle dans ces attaques, il est difficile de discerner le statut des attaquants : États dotés de cyber armes, entreprises, bandes criminelles ne cherchant que le profit, ou groupes militants. Sans oublier les possibilités  de croisement entre ces catégories. Un acteur étatique ou économique peut louer les services de groupes mafieux ou emprunte le masque d’activistes. Etrue spectre souvent évoqué (mais jamais réalisé) d’un cyberterrorisme qui n’utiliserait pas seulement Internet pour communiquer ou recruter, mais aussi pour mener des opérations de désorganisation de services indispensables à la vie d’une Nation.


Le tout sur fond d’actualité marquée par des révélations spectaculaires concernant Stuxnet, Duqu ou Flame, par l’accroissement, la sophistication  et le ciblage croissants des attaques, et par force spéculations sur les capacités informatiques offensives ou défensives de plusieurs pays. Ils sont, du reste, de plus en plus nombreux à déclarer se doter de capacités informatiques offensives sur lesquelles ils gardent le silence ( dire quel type d’arme on possède, serait à la fois donner des indices à des adversaires pour s’en défendre et i former sur les limites de ses capacités de rétorsion).


Si largement que l’on définisse le crime, l’État menacé ne peut pas traiter pareillement l’agression quasi militaire qui pervertirait ses systèmes d’information et infrastructures vitales, l’espionnage industriel qui diminuerait sa compétitivité, la criminalité crapuleuse qui frapperait ses citoyens et l’action des groupes qui publient des informations stratégiques, bloquent et “défacent” des sites officiels au nom d’une révolte ou d’une indignation. D’où le lancinant problème de l’attribution d’une attaque. Il commande bien d’autres questions comme celle de la dissuasion, de la rétorsion ou punition, de la négociation, de l’attaque et de la défense, etc.


Certains États - les mêmes souvent qui abritent des pirates - pourraient profiter de cette confusion pour pousser devant les instances internationales des projets de conventions où l’on réprimerait pêle-mêle le cybercrime, un cyberterrorisme aux contours mal définis, diverses atteintes à la souveraineté numérique et des activités qui relèvent du délit d’opinion (discours que l’on baptisera de haine ou extrémistes et qui peuvent finir par justifier la répression de la cyberdissidence).


L’État démocratique, lui, se trouve confronté à un problème juridique et territorial.


La question de droit est, à l’échelle internationale, surtout liée à la qualification et à l’identification des acteurs (l’assimilation d’une attaque contre des infrastructures vitales  à un acte de guerre n’est plus un sujet tabou). À l’intérieur, la question renvoie à celle-ci : où placer la frontière entre l’expression légitime d’une contestation en ligne, le passage à l’acte (incitation à la violence, organisation d’une émeute “dans la vraie vie”), et un activisme, souvent mené par des groupes transfrontaliers, et qui s’en prend par électrons interposés au fonctionnement normal d’un État ? Qu’est-ce qui est interne ou externe désormais ? Et comment réagir ?


La question territoriale touche à la souveraineté : outre que les autorités n’ont pas toujours le moyens de frapper ou d’arrêter les coupables hors frontières quand bien même elles les identifient, iles tde pus en pus fréquent que des États négocient avec les acteurs économiques du Net. Que ce soit pour diffuser des technologies utiles aux groupes dissidents, ou, au contraire, pour acquérir des moyens de surveillance ou de blocage, en priver d’autres États, etc. Ou pour faire fermer un site qui contrarie ses intérêts économiques ou politiques et se croyait à l’abri “à l’étranger” ? 
Du coup la question du territoire, loin d’être obsolète revient en force :
- à l’intérieur de quelles frontières sont les systèmes (infrastructures critiques p.e.), les machines attaquées ? les victimes visées, les victimes effectivement touchées ? quel État garantissait le secret ou la sécurité de quels systèmes ou de quelles données  ?
- d’où sont venues les attaques ? ce qui signifie : qui se tenait physiquement derrière la machine qui a lancé l’attaque initiale, avec quels moyens fou ris ou tolérés par quel gouvernement ?
- mais aussi qui (notamment, qu’elle compagnie) relève de quel droit et subit l’influence de quel gouvernement dans le cadre de quelles négociations ?


Tout est ici affaire de frontières. Non seulement la transposition des frontières physiques reconnues par le droit international dans un monde où il faut réviser tout ce que nous avons appris dans le monde des bombes et des fusées sur une attaque, son origine, son trajet, l’extension de ses effets, le temps de déplacement, de frappe et de latence… Mais aussi les frontières intellectuelles entre public et privé, civil et militaire, politique et crime, destructions matérielles et viol des secrets, sabotage et manifestation d’opinion, …


Violence politique, prédation économique ou protestation symbolique forment donc des entrelacs complexes. Cela appelle, d’abord, des solutions techniques : mieux identifier (et surtout plus vite) l’origine réelle d’une attaque, en qualifier le “style”, deviner qui en avait la capacité. La recherche technologique est indispensable pour améliorer résistance et résilience de nos systèmes, détection et traitement des périls. Pas question de raisonner à l’ère des réseaux sociaux et du Web 2.0 comme si la question des possibilités d’action et des circuits de diffusion était secondaire.
Parallèlement, un travail de renseignement humain peut aider à identifier les responsables derrière les exécutants.


Mais les connaissances tactiques n’ont de sens que rapportées à une grille de lecture stratégique. S’il faut établir une politique de cyber-défense, encore faut-il plus que des parades pour des algorithmes ou des traitements pour des dommages, il faut l’anticipation qui permet de se préparer voire l’attitude qui décourage les agresseurs. Ce qui suppose de bien distinguer des intentions et des règles implicites derrière les attaques que l’on subit ou subira.


Les acteurs capables de mener des actions d’une certaine gravité dans le cyberespace - faire ravage, s’emparer de biens immatériels ou réaliser une proclamation - suivent des logiques et obéissent à des contraintes.
La trilogie implicite - États qui détruisent des systèmes dans un but de puissance, acteurs économiques qui volent des informations pour leur profit et militants qui mènent des actions spectaculaires au service de valeurs - est évidemment très simplificatrice.
Mais, pour le moment nous sommes obligés de partir de là pour construire une stratégie qui ne soit pas purement défensive, donc passive, donc suicidaire à long terme.







(Source : Huyghe.fr)

juillet302012