Inde versus réseaux sociaux
Qui massacre qui et qui prépare des tueries dans l’État de l’Assam en Inde ? Les séparatistes de la tribu Bodo ? Les musulmans Bengali dont des centaines de milliers sont devenus des réfugiés ? Qui a lancé des rumeurs qui peuvent rallumer à tout moment ce conflit vieux de plusieurs décennies, qui a déjà apporté son lot d’atrocités ? Qui truque des vidéos ? Qui fait de la désinformation et de l‘“atrocity propaganda” ? Quels crimes sont imaginaires ? Y a-t-il un complot de l’étranger, et pourquoi pas du Pakistan ?
Nous n’avons aucune réponse à ces questions.. Mais il est certain que le processus “classique” des conflits entre deux ethnies - appels à la violence, imputation de crimes, rumeurs sur des massacres qui se préparent, rumeurs effrayantes circulant chez les réfugiés…- ont pris une tout autre ampleur quand les médias sociaux leur permettent de toucher des millions de gens dont la diapsora.
Autre certitude : le gouvernement de de qu’il est convenu de nommer “la plus grande démocratie du monde” est bien décidé à mettre fin au processus, et peut-être par la même occasion à affirmer son contrôle sur les réseaux sociaux! New Dehli a demandé le retrait de contenus litigieux. D’où des demandes de retrait adressées - avec un certain succès - à Google et Facebook qui ont obtempéré au nom de leur politique de retrait des “discours de haine”. Twitter en revanche refuse pour le moment d’obéir et fait l’objet d’un ultimatum…
Le gouvernement indien a, par ailleurs, fermé par l’intermédiaire de fournisseurs d’accès nationaux 245 pages et rage de ne pouvoir en faire autant pour des sites et messages ne venant pas de son territoire, donc échappant à sa juridiction.
Vieux dilemme : peut on soutenir toutes les cyberdissidences quand elles sont chinoises ou arabes, approuver la guerre de l’information que mènent sur les réseaux sociaux ceux qui ont pris les armes contre Kadhhafi ou Assad, et accepter sans sourciller la censure en Inde au nom d’un discours bien connu : il s’agit de désinformation volontaire, pas d’information… et c’est de l’incitation à la violence, pas l’expression d’une opinion ?